Haïti et les Caraïbes. Conférence de Christian Girault, CNRS donnée le 25 juin 2011

La République d’Haïti qui occupe la partie occidentale de l’île d’Haïti (ou Quisqueya) se trouve au cœur de l’espace caraïbe et donc au centre des Amériques. Lors d’une première conférence donnée en janvier 2011, C. Girault avait tenté de cerner les relations d’Haïti avec l’Amérique latine. Les Caraïbes représentent un espace géographique plus restreint mais encore de grandes dimensions tout de même – plusieurs milliers de kilomètres en latitude comme en longitude. Il existe au moins deux définitions de l’espace caraïbe, l’une se concentrant sur le domaine insulaire (les Antilles) et l’autre comprenant les bordures continentales de la Mer des Caraïbes. La « Grande Caraïbe » comprend plus de 250 millions d’habitants répartis dans de nombreux pays et territoires. Sur le plan géopolitique cet ensemble est caractérisé par la fragmentation politique et linguistique, le croisement des influences et des empreintes européennes, nord-américaines, africaines et même asiatiques. Par rapport aux blocs continentaux de l’Amérique du Nord et de l’Amérique du Sud, cet ensemble composite, qu’on a souvent décrit comme une « mosaïque » d’États et de nations, est certainement plus dispersé et plus fragile, des traits qui sont encore accentués par la vulnérabilité face aux éléments naturels (cyclones, séismes), comme le tremblement de terre de l’année 2010 en Haïti l’a rappelé douloureusement.


D’abord repliés sur leur île, les fils de la nation haïtienne ont peu à peu parcouru les espaces de la Caraïbe, souvent dans des conditions difficiles (exils politiques, émigrations économiques). Aujourd’hui, il existe plusieurs pôles où résident les communautés de la diaspora haïtienne, en République Dominicaine, c’est-à-dire dans la partie orientale de l’île, mais aussi dans les départements français d’Amérique (Guadeloupe, Saint-Martin, Guyane…) et à Miami dans le sud de l’État de la Floride. Pour faire une bonne description des relations entre Haïti et ses voisins de la Caraïbe il convient de prendre en compte les aspects démographiques et les migrations mais aussi les relations commerciales et les influences culturelles réciproques. Dans l’ensemble il faut reconnaître que Haïti est mal connu des autres pays de la Caraïbe, pour des raisons linguistiques et culturelles variées. Les forts contrastes économiques et sociaux, les traditions politiques différentes (Voir le cas de Cuba), les religions diverses présentes dans ces pays amènent un cloisonnement que l’insularité inscrit déjà nettement sur la carte de la Caraïbe.

Les pays de la Caraïbe insulaire ont connu sur le plan économique d’importantes transformations dans le courant du 20ème siècle, passant d’un système de plantations à une industrialisation partielle (en sous-traitance) et à une économie de services (tourisme international). Dans un monde où les grands ensembles commerciaux pèsent beaucoup, ils sont désavantagés par des facteurs de taille, même si leur position géographique et stratégique (canal de Panama, proximité du grand marché nord-américain) paraît de prime abord favorable. Les efforts d’intégration régionale ont connu des  succès limités, même dans le cas de la Caraïbe anglophone (Caribbean Community ou CARICOM).

C’est dans cet espace géopolitique complexe qu’Haïti doit trouver son insertion et travailler à une meilleure coopération régionale. Le tremblement de terre de 2010 a été l’occasion de manifestations de solidarité appréciables de la part de Cuba, du Venezuela, des Antilles françaises… Les relations avec la République Dominicaine voisine doivent faire l’objet d’une attention toute particulière. Pendant longtemps les rapports entre les deux pays ont été hypothéqués par les conflits du passé, par des perceptions réciproques faussées et des préjugés (antihaïtianisme cultivé par l’État dominicain). La population est maintenant sensiblement équivalente (environ 10 millions d’habitants pour chacun des deux pays) et les responsables sont bien conscients qu’ils doivent collaborer pour assurer la santé, la sécurité des populations qui partagent une même île, là où les menaces et les périls ne connaissent pas la frontière ou s’en moquent (risques naturels, pandémies comme le choléra, trafics…).

Au cours des dernières décennies l’asymétrie des forces politiques, économiques entre les deux pays est devenue de plus en plus sensible. L’utilisation massive de main-d’œuvre haïtienne dans des secteurs cruciaux de l’économie dominicaine (agriculture, construction, tourisme) et aussi dans les services domestiques manifeste une « complémentarité » qui peut à terme se traduire par de forts déséquilibres et présenter des risques. Haïti, dont la production est faible, est devenu un débouché important pour les produits industriels et agroalimentaires dominicains. Sur le plan social, des relations de bon voisinage sont à construire dans le respect des droits des personnes (Voir les nombreux problèmes concernant la situation juridique des migrants et des enfants haïtiens de la deuxième génération)

 

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