Conférence : L'échec humanitaire ( le cas haïtien)

Conférence du 15 novembre 2014

À la veille du cinquième anniversaire du séisme du 12 janvier 2010, j'aimerais revenir sur cette catastrophe et la reconstruction à partir de cinq questions « basiques ».


1.    Quelle catastrophe ?
Le tremblement de terre qui a frappé Haïti a fait plus de 220.000 morts. Or, des séismes de plus grande ampleur ont fait beaucoup moins de victimes ailleurs. Pourquoi ? Parce que le séisme est un aléa naturel, mais c'est le contexte social dans lequel il apparaît qui va le transformer en catastrophe ou en fait divers. Malheureusement, le tremblement de terre du 12 janvier 2010 avait été précédé par une catastrophe sociale : pauvreté, bidonvilles, manque d’accès aux services sociaux de base, absence de mécanismes de prévention, etc.

2.    Quelle urgence ?
Entre 1900 et 2008, Haïti a connu 60 catastrophes naturelles. Quel sens y a-t-il à parler d'urgence ? L'aide humanitaire a en réalité superposé l'urgence médiatique et l’urgence de récolte de fonds sur l'action, entraînant une confusion entre efficacité et visibilité, et occultant l'action des Haïtiens eux-mêmes. De plus, un état d'urgence est un état d'exception, suspendant les droits ordinaires. Enfin, s'opère une « re-colonisation du regard » où s'effacent l'histoire et les luttes haïtiennes.

3.    Quel bilan ?
On peut parler d'un triple échec : en fonction de l'objectif fixé – « reconstruire en mieux » –, du fonctionnement de l'aide et des changements. Très peu a été reconstruit, et ce qui l'a été est peu durable. Les solutions apportées sont précaires et provisoires. Haïti n'est pas sorti de la dépendance et demeure aussi vulnérable. Les Haïtiens ne vivent pas mieux aujourd'hui qu'il y a cinq ans.

Comme après chaque catastrophe, les sommes annoncées pour la reconstruction mêlaient, dans un manque de transparence, de l'argent déjà budgété, des prêts, des dons et des annulations de dettes, des promesses et des engagements effectifs. De plus, seule une infime partie de cet argent a été utilisé directement par les acteurs haïtiens (publics, sociaux et privés). Et comme après chaque catastrophe, les mêmes problèmes de fonctionnement ont été dénoncés : manque de coordination, usage de l'anglais, marginalisation, voire substitution, des acteurs haïtiens.

4.    Quelles responsabilités ?
Il s'agit d'un échec général et partagé. Mais, au vu des moyens, des pouvoirs et des prétentions, c'est d'abord l'échec de la « communauté internationale ». En réalité, l’humanitaire agit davantage en fonction de ses propres logiques, intérêts et objectifs, qu'en fonction du lieu où il opère.

5.    Quelles leçons tirer ?
(i)    Remettre l'humanitaire à sa place : une place, qui n'est ni la première ni la plus importante.
(ii)    Décoloniser le regard et re-politiser le débat : « ne parlez pas de nous, mais avec nous », et penser/poser l'action en termes d'égalité, de souveraineté et de légitimité.
(iii)     Réinventer l'action de coopération internationale :
    sortir de la schizophrénie des ONG et instances internationales appelant à renforcer l'État haïtien, alors même que son affaiblissement a été (et continue d'être) orchestré par des politiques économiques imposées par les institutions internationales, et que, sur le terrain, on ne cesse de contourner l'État. Les ONG et instances internationales ne sont pas la solution au problème de l'État haïtien ; elles y participent,
    re-situer l'action des ONG internationales : en appui aux acteurs haïtiens – ce qui suppose de penser non seulement leur participation à l'action, mais aussi un contrôle et un pouvoir sur celle-ci – et en se mettant au service de leurs projets et revendications de changements.

Fredéric Thomas
Frédéric Thomas

Couverture du livre l'Echec Humanitaire
Couverture du livre l'Echec Humanitaire

 

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Affiche conférence l'échec humanitaire

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