Haïti et l’Amérique Latine

Par Christian Girault – Directeur de Recherhes au C.N.R.S.

Christian Girault – Directeur de Recherhes au C.N.R.S.

Résumé de la conférence donnée le 22 janvier 2011

Les relations entre la République d’Haïti et les pays de l’Amérique latine sont caractérisées au long des deux siècles d’indépendance par des incompréhensions, des tensions et finalement un dialogue inabouti. Après la conquête de leur Indépendance les Haïtiens comptaient beaucoup sur les jeunes républiques latino-américaines, indépendantes à leur tour, pour desserrer le cordon établi autour d’Haïti par les puissances colonisatrices et esclavagistes (Angleterre, France, Espagne…).

Leur espoir de reconnaissance fut déçu car S. Bolívar n’invita pas Haïti au Congrès « amphictyonique » convoqué à Panamá en 1826. Et pourtant le Président A. Pétion avait accueilli sur le sol haïtien les chefs insurgés F. de Miranda en 1806 et S. Bolívar (par deux fois en 1815-16) et les avait aidés très concrètement. Cette ingratitude reste difficile à expliquer. Plus tard dans le courant du 19ème siècle et encore au 20ème siècle, les relations sont perçues des deux côtés à travers le prisme des relations avec la jeune République Dominicaine, qui partage la même île d’Ayti et s’était rebellée contre la « domination haïtienne » en 1844. Les conflits entre les deux parties de l’île font naître un contentieux historique qui a tendance à déborder sur les relations avec les pays de langue espagnole. Pourtant d’autres faits et d’autres tendances coexistent. L’appui donné par le Président F. Geffrard aux Dominicains pour chasser l’occupant espagnol de la partie orientale aboutit à la « Restauration » de la République en 1865. Vers la fin du siècle d’éminents intellectuels et hommes d’action des Grandes Antilles (Cuba, Haïti, République Dominicaine et Puerto Rico)  projettent la création d’une Fédération antillaise. Cependant cette perspective est anéantie par les multiples interventions des Etats-Unis dans les Caraïbes, qui se déroulent de 1898 à 1989 dans le cadre d’un impérialisme souvent brutal. Pendant les longues années de la dictature des Duvalier (1957-1986) on note l’effort remarquable d’intellectuels haïtiens, militants de l’opposition, exilés dans les pays de l’Amérique hispanique, pour mieux faire connaître la réalité d’Haïti, diffuser sa culture et dépasser les préjugés de race ou de couleur. Les noms du professeur G. Pierre-Charles, du professeur L. Manigat, du cinéaste A. Antonin et du poète et écrivain R. Depestre doivent être particulièrement  relevés. A partir des pays latino-américains les efforts sont plus modestes et ce n’est que récemment que quelques chercheurs, artistes et écrivains du Mexique de Puerto Rico ou de République Dominicaine se sont rapprochés de la culture créole d’Haïti. Sur le plan de l’aide matérielle et des contributions concrètes les engagements des médecins cubains sur le terrain et la fourniture de produits pétroliers avec des conditions très favorables par le Venezuela, doivent être soulignés. A la suite du tremblement de terre de 2010 la solidarité des pays voisins s’est manifestée sans défaut. Cependant la Mission des Nations Unies de Stabilisation d’Haïti (MINUSTAH), prise en charge à partir de 2004 principalement par les pays du Cône Sud de l’Amérique (Brésil, Argentine, Chili, Uruguay), des pays ayant tous vécu une transition démocratique intéressante après des dictatures terribles, n’a pas conduit à ce jour à une meilleure compréhension des deux côtés. Pour certains Haïtiens la Mission équivaut à une « nouvelle occupation », une opinion qui relève d’un nationalisme borné. C. Girault voit dans les événements des dernières années une nouvelle occasion manquée de « rencontre » entre Haïti et les pays de l’Amérique Latine.

 

Christian Girault et Jacques Léon-Emile

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